L’Association canadienne des journalistes (ACJ) est profondément préoccupée par un courriel récent de la GRC de la Saskatchewan pressant les journalistes de vérifier auprès de la police avant de publier des détails sur des enquêtes en cours — une tentative de donner à la police un droit de veto sur des décisions éditoriales indépendantes.

Deux agents de la GRC ont récemment été blessés lors d’une fusillade à Melville, en Saskatchewan.

À la suite de cet incident, la GRC a envoyé un courriel aux journalistes leur demandant de ne pas publier les renseignements fournis par des témoins, car cela pourrait « remodeler des souvenirs qui influencent de futures entrevues » et « avoir une incidence sur de futurs bassins de jurés.es ». Le courriel suggère que tout média « en possession de renseignements particuliers » devrait communiquer avec la GRC avant de les publier.

Le courriel décourage également les médias de rendre compte des détails des incidents, car cela pourrait avoir une incidence sur les victimes d’actes criminels ainsi que sur leur famille et leurs proches.

« Dans une démocratie, la police ne doit pas contrôler l’information que publient les journalistes. Les journalistes jouent un rôle crucial pour assurer la sécurité de la population canadienne en leur fournissant en temps opportun des renseignements que la police ne communique pas toujours », a déclaré Paul Schneidereit, vice-chef du conseil de l’administration de l’ACJ.

« La GRC doit retirer cette demande inappropriée exigeant que les journalistes obtiennent une permission avant de publier leurs reportages. »

Lors de la fusillade de masse survenue en Nouvelle-Écosse en 2020, par exemple, la GRC a mis 12 heures avant d’informer le public que le tireur conduisait un véhicule qui ressemblait à une voiture de police.

L’ACJ travaille depuis des décennies avec la GRC pour veiller à ce qu’elle respecte les libertés démocratiques fondamentales. Ce travail a inclus de multiples rencontres privées avec des cadres supérieurs de la GRC, des campagnes de sensibilisation publique et, lorsque celles-ci ont échoué, des contestations judiciaires. En 2021, par exemple, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a ordonné à la GRC de cesser d’empêcher les journalistes de couvrir une manifestation en cours contre l’exploitation forestière. En 2025, la GRC s’est officiellement excusée d’avoir violé les droits d’une journaliste. Et le président de l’ACJ, Brent Jolly, a récemment témoigné en appui à Amber Bracken, qui poursuit la GRC pour l’avoir arrêtée injustement.

Les journalistes soupèsent régulièrement le droit du public à l’information par rapport aux préjudices potentiels pour les victimes, les témoins, le droit à un procès équitable et les opérations policières en cours. Ce jugement est au cœur d’un journalisme responsable. Il ne peut être délégué à la police et ne doit jamais être soumis à un droit de veto de sa part.

Il n’appartient ni à la GRC ni à aucun organisme public de contrôler ce que les médias peuvent publier. Suggérer que les médias ne s’appuient que sur les récits et les renseignements diffusés par la GRC au sujet des incidents constitue une violation manifeste de la liberté de la presse.

Le rôle du journalisme est de demander des comptes aux institutions et aux personnes qui détiennent le pouvoir, y compris la GRC, de publier des renseignements d’intérêt public et d’offrir aux victimes d’actes criminels et à d’autres personnes une tribune publique pour faire entendre leur voix. Il appartient aux salles de presse, et non à la police, de déterminer ce qui relève de l’intérêt public et de respecter les principes journalistiques, notamment celui de réduire le préjudice au minimum.

Les enquêtes policières, quant à elles, doivent pouvoir résister à l’examen des médias, tandis que le système de justice dispose de garanties juridiques pour protéger le droit d’un.e accusé.e à un procès équitable, comme les interdictions de publication visant les procédures préalables au procès, les changements de lieu de procès et la mise en isolement des jurés.es.

The Canadian Association of Journalists is the country’s largest professional organization that serves to advance the interests of journalists from coast to coast to coast. The CAJ’s primary roles are public-interest advocacy work and professional development for its members.

For further information: Brent Jolly, president, Canadian Association of Journalists, brent@caj.ca

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